Le goût des haïku PDF

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Ozu est le cadet d’une famille de cinq enfants dont le père est grossiste en engrais. Il a douze ans quand sa mère s’installe avec ses enfants à Matsusaka, village natal du père dans la préfecture de Le goût des haïku PDF, près de Nagoya.


Textes choisis et présentés par Franck Médioni

Le père, lui, demeure à Tokyo pour son commerce, et cette absence marque l’adolescence d’Ozu. Pensionnaire au collège de Ujisenda, il se passionne pour le cinéma : il préfère aller voir des films — notamment ceux d’Hollywood — plutôt que d’étudier. Un an plus tard, sa mère retourne vivre à Tokyo, et il décide de s’installer lui aussi dans la capitale. Sur la recommandation d’un oncle, il entre à la Shōchiku Kinema, en qualité d’assistant-opérateur. Au milieu des années 1930, il devient l’un des réalisateurs les plus célèbres du Japon, aussi talentueux dans la comédie que le drame en passant par le film noir.

Dans un genre comme dans l’autre, il s’attache désormais à traiter de la vie familiale japonaise, témoin des bouleversements sociaux de l’époque. En 1937, il est mobilisé et sert pendant vingt mois en Chine. En 1943, il se voit confier la réalisation d’un film de propagande à Singapour, dont il ne tournera que quelques plans, préférant ensuite attendre sur place une capitulation qu’il juge inévitable. Fait prisonnier à Singapour, il ne rentre au Japon qu’en 1946. Photo du tournage de Voyage à Tokyo avec l’actrice Setsuko Hara et Ozu debout derrière la caméra. Le cinéaste reprend sensiblement, d’un film à l’autre, le même canevas, très ténu, et des personnages identiques, interprétés par la même troupe d’acteurs. La répétition, la légère nuance, la scrutation d’infimes détails, la saisie de gestes rituels et la dilatation du temps, perçu comme une entité flottante, sont au cœur de son dispositif.

Sur le tard, le réalisateur délaisse ostensiblement la dramatisation et cherche, par l’extrême sobriété et densité de la forme cinématographique, à atteindre l’essence même de ce qu’il filme. En cela, il est d’ailleurs fidèle à une longue tradition artistique japonaise. Ainsi que le souligne Donald Richie, qui fut l’un des premiers critiques occidentaux à s’intéresser à l’art d’Ozu :  Son art cinématographique est formel, d’un formalisme comparable à celui de la poésie. Ozu est proche des grands maîtres du sumi-e et du haïku. Ozu a beaucoup de mal à accepter les innovations techniques. Il n’a adhéré au parlant qu’en 1936, et il a longtemps résisté à l’utilisation de la couleur, réussissant sur ce point à tenir tête aux pressions de la Shōchiku jusqu’à la fin des années 1950, période à laquelle il finit par céder pour le tournage de Fleurs d’équinoxe.

En dehors du cinéma, les seuls centres d’intérêt d’Ozu semblent avoir été la littérature, la boisson, la peinture et la musique. 1936, il habite avec sa mère. Il meurt peu après elle, d’un cancer, le 12 décembre 1963, jour exact de son 60e anniversaire. La tombe de Ozu avec le kanji mu. Il ne faut pas y voir la connotation négative occidentale d’absence, de disparition, de  nihilisme , mais au contraire le sens extrême-oriental, qui est l’idée de faire un avec l’univers, de se fondre dans ce qui nous entoure. L’œuvre d’Ozu reste inconnue en France jusqu’en 1978, soit quinze ans après sa mort. En 1978, trois films sortent sur les écrans français : Voyage à Tokyo, Le Goût du saké et Fin d’automne.

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