Le siècle de Périclès (Hors séries thématiques t. 69) PDF

Le siècle de Périclès (Hors séries thématiques t. 69) PDF

Le théâtre de Dionysos, berceau de la tragédie. Dionysies présente la reprise de tragédies anciennes probablement dès 386 : comme l’expose Jacqueline de Romilly,  ce fut une éclosion soudaine, brève, éblouissante. Caractérisée par le siècle de Périclès (Hors séries thématiques t. 69) PDF spécificités de jeu, de structure, la tragédie occupe une place particulière au sein de la société athénienne.


« Le siècle de Périclès

Ce retour sur le laboratoire de la démocratie qui fut Athènes à l’époque de Périclès permet de mettre en perspective la construction fragile et éphémère constituée par la mise en application de la citoyenneté, de l’égalité et de la responsabilité collective.En ces temps de désenchantement démocratique, il est urgent de revenir aux sources. À Athènes donc, sous le siècle de Périclès, moment fondateur où fut inventé ce régime démocratique qu’on dit « le pire à l’exception de tous les autres » (W. Churchill).

Athènes comme exemple d’idéal réalisé ? Certes non. Radicale et imparfaite, la démocratie athénienne fut une construction précaire, et en fin de compte éphémère. Athènes comme laboratoire, plutôt. Banc d’essai où furent expérimentées, sur le vif, les idées de citoyenneté, d’égalité, de responsabilité collective – et les obstacles auxquels elles ne manquèrent pas de se heurter.

L’héritage d’Athènes, c’est un perpétuel questionnement, qui fait écho aux nôtres : comment inculquer aux citoyens le sens du bien commun ? Comment combattre ces poisons démocratiques que sont la corruption, la démagogie, la discorde ? Vertigineux débats, dans lesquels s’illustrèrent les plus grands esprits du temps – et Platon entre tous, qui tenait la démocratie pour mère de la tyrannie. Plus que leurs certitudes, l’éclat de leurs querelles, vingt-cinq siècles plus tard, continue de nous éclairer.
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Les tragédies grecques ont inspiré de nombreux auteurs dans les siècles suivants, et constituent une référence incontournable, qui se traduit par la fréquence de la reprise de sujets et de personnages propres aux tragiques grecs. Cette origine religieuse a laissé des traces, comme le nom même du théâtre d’Athènes, dédié à Dionysos, ou encore le mot tragédie, qui semble refléter une signification religieuse. Quoi qu’il en soit, il peut paraître déroutant que les tragédies qui nous sont parvenues ne soient elles-mêmes jamais consacrées à Dionysos, sauf Les Bacchantes, et semblent même fort éloignées de son culte. Dionysos, d’un dieu particulièrement cher au cœur du peuple. Cette division est d’abord spatiale : dans le théâtre grec, face aux gradins, la scène surélevée accueille les acteurs tandis que le chœur est placé devant, en contrebas, dans l’orchestra circulaire au centre duquel est situé l’autel rond dédié à Dionysos. Le rythme de ces vers constitue l’essentiel du chant, à l’unisson, et accompagné par un aulos. Enfin, un chef de chœur, ou coryphée, peut intervenir seul afin de dialoguer avec un personnage.

Au fil de l’évolution du genre tragique, le rôle du chœur évolue. Au fur et à mesure du développement de l’action dans les pièces, le lien entre le héros et le chœur se relâche : les Thébaines terrifiées des Sept contre Thèbes d’Eschyle disparaissent chez Euripide, remplacées par des jeunes filles de passage, les Phéniciennes. Tous les rôles sans exception sont joués par des hommes adultes, et par un nombre très réduit d’acteurs qui interprètent plusieurs rôles tour à tour. Par ailleurs, le nombre d’acteurs ne dépasse jamais trois dans l’histoire de la tragédie grecque : chacun se charge en règle générale de deux ou trois rôles, et des figurants muets peuvent s’y ajouter. Ces règles nécessitent l’usage d’accessoires principalement connus par les peintures de vases. Il ménage des ouvertures pour les yeux et la bouche.

Mais la principale caractéristique de l’acteur est sans conteste sa voix, qui doit porter jusqu’aux gradins les plus éloignés, ce qui suppose à la fois puissance, clarté, bonne diction, mais aussi capacité à refléter dans la voix le changement de personnage ou d’émotion. L’action tragique suit d’autres contraintes et conventions, en partie liées aux exigences matérielles du théâtre grec, qui débouchent sur certaines scènes typiques. La rupture du schéma attendu est mieux maîtrisée encore par Euripide. On pourrait multiplier les exemples, puisque selon Jacqueline de Romilly,   possède si bien l’art de tendre l’action, de faire peur, de faire palpiter ! Hormis Les Bacchantes et Les Perses, toutes les tragédies qui nous sont parvenues sont donc basées sur des mythes. Encore ceux-ci ne sont-ils pas tous autant représentés.

Seul le Philoctète de Sophocle nous est parvenu. Cette récurrence des thèmes mythiques a pu susciter des critiques, liées au manque de suspense et d’inventivité de la tragédie. Les spectateurs y connaissent l’histoire, avant même qu’un mot ne soit prononcé, et le poète n’a qu’à réveiller leur mémoire. Mais cette critique ne semble guère pouvoir s’appliquer aux tragédies qui nous sont parvenues. Eschyle, elle entend et commente la mort de Clytemnestre et livre Égisthe à son frère chez Sophocle, et participe au meurtre de sa mère chez Euripide. Cette capacité de réinventer les mythes est pour beaucoup dans le succès de la tragédie.

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